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Appel à communications

Souvent délaissée par les historiens de l’art qui focalisent à juste titre leur attention sur les illustrations, les miniatures ou le décor marginal et réduite par les historiens du livre au statut de simple indice susceptible d’attribuer une publication à un imprimeur donné, l’initiale ornée occupe pourtant une place essentielle dans l’histoire visuelle du livre. À la croisée du texte et de l’image, de l’écriture et de l’ornement, elle est souvent le seul décor du livre. L’initiale ne joue pas seulement un rôle clef dans l’architecture de la page et la structuration du discours, elle contribue à inscrire le livre dans un univers esthétique déterminé ; ce faisant, elle joue un rôle déterminant dans la réception des textes par le lecteur. À la croisée de l’histoire de l’art, de la bibliographie matérielle et de l’histoire culturelle du livre, elle constitue ainsi un observatoire privilégié pour l’analyse des dynamiques de continuité, d’adaptation et d’innovation qui accompagnent le passage du manuscrit à l’imprimé.

Les premières décennies de l’imprimerie se caractérisent en effet par la forte inertie des pratiques issues de l’économie du manuscrit. Les incunables et les imprimés du début du XVIe siècle offrent ainsi de nombreux exemples de « lettres d’attente », pour lesquels l’imprimeur réserve en blanc l’espace destiné à l’ajout d’initiales peintes et rubriquées, parfois accompagnées de lettres-guides. Ces dispositifs révèle le caractère encore hybride de la chaîne de production du livre, où imprimeurs, rubricateurs et enlumineurs collaborent.

Parallèlement, le développement des lettrines gravées sur bois ouvre un espace d’expérimentation formelle et décorative. À Paris et à Lyon, centres majeurs de l’imprimerie française aux XVe et XVIe siècles, se constituent des répertoires d’initiales ornées mêlant rinceaux végétaux, fonds criblés, grotesques d’inspiration antique, figures hybrides ou scènes historiées, qui font souvent une place à des pratiques décoratives importées de l’étranger.

La circulation des formes entre manuscrit et imprimé ne s’exerce cependant pas dans cet  unique sens. Si les lettrines gravées s’inspirent largement des modèles manuscrits — initiales champies, lettres historiées, dispositifs d’encadrement hérités de l’enluminure gothique tardive —, l’imprimé agit en retour sur les pratiques de l’enluminure française au tournant des XVe et XVIe siècles. Certains codices tardifs, notamment produits à Paris ou à Rouen, intègrent des initiales simplifiées, sérielles ou répétitives, qui évoquent par leur régularité et leur économie de moyens les logiques de l’imprimé. Ces échanges croisés invitent à dépasser une lecture strictement transitionnelle pour penser l’initiale ornée comme un lieu d’hybridation durable.

Organisé à l’occasion de la clôture du projet ANR TypoReF (« Typographie de la Renaissance française, 1470-1640 »), le colloque « L’initiale ornée, entre manuscrit et imprimé (France, 1450–1650) » se propose ainsi d’examiner ces phénomènes dans le cadre spécifique du royaume de France et de ses frontières  proches. Une attention particulière pourra être portée aux dynamiques régionales (Paris, Lyon, Rouen, Toulouse, Tours), aux milieux de production (universitaires, humanistes, dévotionnels, juridiques), ainsi qu’aux circulations d’artisans, de modèles et de matrices à l’intérieur du territoire français.

Les propositions de communication pourront notamment aborder les thèmes suivants (la liste n’étant évidemment pas restrictive) :

  • Typologie du décor et formes de la lettre : héritages gothiques, influences renaissantes, lettres filigranées, champies, historiées ou « grises » dans les manuscrits et imprimés français, en prêtant une attention particulière aux phénomènes d’hybridation.
  • Techniques et pratiques d’atelier : gravure sur bois, fonds criblés, mise en couleur, articulation entre travail typographique et intervention manuelle.
  • Rapport texte/ornement : rapports texte/image, place de la lettrine dans la mise en page, fonctions de structuration et de repérage, dialogue avec rubriques, titres, bordures et autres ornements dans le livre français.
  • Acteurs et circulations : imprimeurs-libraires, graveurs, enlumineurs, commanditaires ; réemploi et diffusion des séries d’initiales au sein du royaume.
  • Corpus et méthodes : études de cas, analyses comparatives manuscrit/imprimé, catalogage et signalement des initiales, apports des humanités numériques à l’identification et au suivi des matrices.

En prenant pour objet l’initiale ornée — élément discret mais structurant de la page —, ce colloque entend contribuer à une histoire renouvelée du livre en France à la Renaissance, attentive aux continuités techniques, aux transferts visuels et aux pratiques concrètes qui façonnent, sur deux siècles, l’articulation du texte et de l’image.

Les propositions de communication devront être déposées sur https://initialeornee.sciencesconf.org/submission/submit avant le 30 septembre 2026. Elles comporteront les éléments suivants : 

  • Noms de l'intervenant et institution de rattachement éventuelle
  • Titre de la communication
  • Résumé (une demi-page environ)

 

La date limite du dépôt des propositions de communication est le 30 septembre 2026. Le candidats seront notifiés par le comité scientifique au début du mois d'octobre.

Le colloque aura lieu le 18-19 février 2027 au Centre d'études supérieures de la Renaissance à Tours. 

Il est organisé par Pascale Charron, Rémi Jimenes et Anna Baydova dans la cadre du projet ANR TypoReF

 

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